Vendredi 03 Septembre 2010 - 24 Elul 5770

Cette guerre qui ne dit pas son nom

[Dimanche 27/12/2009 12:26]

Je ne sais pas si les responsables israéliens, toutes tendances confondues, ont réalisé que le monde arabe et son cheval de Troie palestinien ont pris une décision stratégique dans leur lutte contre Israël. Il est certes difficile de définir avec précision quand cette décision a été prise de manière formelle – si toute fois elle l’a été – mais n’importe quel observateur de la scène moyen-orientale aura remarqué que quelque chose a changé dans la configuration du conflit qui oppose le monde arabo-musulman à l’Etat d’Israël. La puissance de Tsahal et l’excellence du renseignement israélien ayant quasiment réduit à néant leurs espoirs d’éradiquer l’Etat d’Israël par la force des armes, les pays arabes ont déplacé le champ de bataille sur le terrain politique, identitaire et judiciaire, à l’aide d’une propagande prodigieuse et bien huilée, afin d’affaiblir l’Etat juif, lui ôter toute légitimité, l’isoler sur la scène internationale, en espérant le jour où…
Citer tous les exemples et les étapes qui ont mené à ce qu’aujourd’hui, même la visite d’une ministre israélienne dans un pays démocratique pose problème, serait fastidieux. Mais cela montre une chose très claire : dans ce combat entre Israël et ses ennemis, qui se joue désormais par médias, instances internationales et tribunaux interposés, Israël n’a plus « la main » comme il l’avait dès qu’il s’agissait de guerre conventionnelle. Il ne faut pas avoir peur des mots. Vouloir traîner en justice pour « crimes de guerre » une ministre qui a donné son aval à une opération anti-terroriste, est une forme d’attentat en soi. Car derrière l’aboutissement d’un processus et la décision d’un minable juge londonien en manque de notoriété, se cache un travail méthodique du Hamas, aidé en cela par toutes sortes d’alliés objectifs ou idéologiques, que sont le Fatah, les organisations faîtières des Arabes israéliens, des associations israéliennes d’extrême gauche, des universitaires ou des milieux gauchistes israéliens, des juristes internationaux et les innombrables mouvances pro-palestiniennes ou altermondialistes à travers la planète.
Un organisme israélien dans le domaine du Renseignement et du Terrorisme a publié tout récemment une étude montrant que dès la fin de l’Opération « Plomb Durci », le Hamas avait créé une Commission chargée « de recueillir toutes les informations sur les (soi-disant) crimes de guerre israéliens, de les classer et d’entamer le plus rapidement possible des procédures judiciaires sur la scène internationale, afin de traîner des responsables israéliens devant les tribunaux », avec tout le retentissement et les effets à long terme que l’on peut imaginer.
Finalement, on se rend compte que dans cette forme de guerre qui ne dit pas son nom, les Palestiniens ont pris la place des Juifs : alors que sur le champ de bataille traditionnel, Tsahal est connu – du moins l’était – pour devancer l’ennemi en l’attaquant, en fixant dès le départ les règles du jeu, sur le plan de l’image et de la diplomatie, ce sont les Palestiniens qui ont choisi de mener l’offensive afin de maintenir Israël dans une constante attitude défensive, dont on sait qu’elle est néfaste sur le plan de l’image et qu’elle limite considérablement la liberté de manoeuvre. Cette attitude du Hamas a d’ailleurs été la même dans l’Affaire Shalit.
De ce point de vue, le Fatah n’a rien à envier au Hamas. Sur le plan de la propagande comme sur le plan politique, Abou Mazen et les caciques de l’Autorité Palestinienne ont abandonné le « processus de paix » – l’avaient-ils adopté un jour ?? – par une tentative de démolition de la légitimité d’Israël, sur le plan international comme sur le plan de la société arabe palestinienne, y compris parmi la population arabe israélienne.
Une inquiétante similitude se fait jour entre ce qui arrive à Israël aujourd’hui en tant qu’Etat, et ce qui arrivait aux Juifs en tant qu’individus durant les siècles de tribulations parmi les nations, notamment par l’enseignement du mépris propagé par la Chrétienté : le sentiment de devenir des pestiférés. Tout le monde a remarqué que ce n’est plus « une certain politique de certains gouvernements » qui est aujourd’hui condamnée, mais c’est le droit d’Israël à exister, tout simplement, qui est remis en cause dans de plus en plus de cercles, même en Israël.
Mais dans ce combat pour la survie, Israël ne réagit pas comme il le devrait. Le ferait-il aujourd’hui, serait-ce encore temps d’inverser la vapeur ? Difficile à savoir tant le sentiment d’être pris étau refait surface. Mais ce qui était impossible aux Juifs vulnérables dans les sociétés ambiantes, ne l’aurait pas dû l’être pour l’Etat d’Israël dans l’arène internationale. Or sur ce point, il faut avouer que nous avons failli. Combien de fois n’avons-nous pas entendu des dirigeants israéliens dire « le monde finira bien par se rendre compte que nous avons raison », ou « nous ne réagissons pas cette fois-ci, mais la prochaine fois, le monde sera avec nous lorsque nous nous défendrons » ? Ces arguments empruntés au « juif d’antan » replié sur soi et faisant le dos rond en attendant que passe la tempête, n’ont pas de prise dans les relations entre Etats ou collectivités, et force est de constater qu’Israël a pris un retard considérable dans la lutte pour son image, pour son honneur, pour son droit à exister. La méthode qui consiste à dire qu’il pleut lorsqu’on nous crache dessus de manière répétée, comme c’est le cas par exemple dans nos relations avec la Turquie d’Erdogan, constitue une menace pour l’avenir du pays, car elle contribue à donner une image rabaissée de nous-mêmes, ce qui entraînera forcément encore davantage de mépris de la part des acteurs internationaux.
La soif absolue de vérité, le souci du moindre détail, le désir de paraître agréable, la foi en la Raison humaine, le refus de se salir les mains dans la propagande mensongère comme le font nos ennemis, sont certes des vertus qui sont à l’honneur d’Israël. Mais sans s’adonner à la calomnie, Israël s’est laissé traîner dans la boue depuis des décennies sans réagir de manière adéquate.
Un exemple ? Pourquoi le Hamas a-t-il ouvert 20 sites Internet et en huit langues, ainsi que deux chaînes de TV pour diffuser sa propagande, et comment se fait-il que le site du Ministère israélien des Affaires Etrangères ne communique qu’en 4 langues seulement ? Pourquoi tente-t-on depuis des années mais en vain de créer une station de radio en arabe pour contrer la propagande du Hamas dans la Bande de Gaza? Pourquoi les responsables israéliens ne réagissent-ils pas aux insultes de dirigeants arabes – même de pays « amis » – envers les « dhimmis » que nous sommes toujours pour eux ? Pourquoi Israël n’a-t-il pas pris les devants en traînant devant la justice internationale non seulement les dirigeants du Hamas, mais aussi ceux du Fatah, non moins terroristes que les premiers, et ceux du Hezbollah ?
A force de vouloir se faire accepter au Moyen-Orient, de nombreux dirigeants israéliens ont préféré faire profil bas face aux attaques haineuses de la propagande arabe, et ils ont accepté de rentrer dans une spirale de concessions démesurées, en se disant que finalement, sur le champ de bataille, au moment ultime, Tsahal aurait toujours le dernier mot.
Mais la guerre sainte contre Israël a changé de terrain de jeu, et pour poursuivre leur lent travail de sape, les stratèges arabes ont réussi à mobiliser aujourd’hui de nombreuses forces qui vont bien au-delà de leurs frontières déjà bien étendues.

Commentaire(s):

6 commentaires

  1. Ariel ABECASSIS

    27. déc, 2009

    Bien Shraga BLUM. Mais pourquoi, nom d'une pipe, n'écrire ce papier que maintenant, alors que le Camp National Juif se bat pour cela depuis plus de dix ans ?

    Pourquoi les média prétendus juifs francophones abondent dans le langage, voire dans le sens de la propagande antijuive, souvent avec la bénédiction des responsable de Jérusalem+ ?

    Comme dit Shraga, il ne faut pas avoir peur des mots. Or les "neuneux juifs" en sont terrorisés, les pauvres abrutis !

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  2. johnny

    27. déc, 2009

    Une publication en langue arabe serait de bon ton.

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  3. Brigitte Taieb

    27. déc, 2009

    Quand un cheval de troie rentre dans mon ordinateur……..J'appelle mon fils.
    Mais quand un cheval de troie se veut entrer en eretz hé bien j'appelle le père.
    et lui raconter toute l histoire,vous savez où Après avoir vainement assiégé Troie pendant dix ans, les Grecs ont l'idée d'une ruse pour prendre la ville où Épéios construit un cheval géant en bois creux, dans lequel se cache un groupe de soldats menés par Ulysse etc,etc,……
    Sauf qu'il paraît que le cheval en fait était un bateau…………………Et coté galère ils envisagent que l'on rame nos guerriers de la guerre sainte.
    mais on a de l'avance coté "sous marin" pour savoir naviguer en eaux troubles,histoire de voir bientôt les voir se transformer en petits poissons nos requins en tout genre,qui se veulent encore "les dents de la mer"
    "même pas peur………."

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  4. Réflexion faite

    28. déc, 2009

    Le problème n’est pas là, ou pas uniquement là. Quand des gouvernements juifs sont décidés à interdire aux Juifs la construction, et à quasiment affirmer de la sorte que, pour eux, la terre n’appartiendrait pas aux Juifs mais à d’autres, ils se retrouvent automatiquement dans l’impossibilité de défendre leur point de vue, puisqu’il est faussé à la base. Si, par contre, ils construisaient des logements pour 2 millions de Juifs en Judée-Samarie et indiquaient la sortie aux ennemis, le ballon de baudruche islamo-européen se dégonflerait sans effort de notre part.

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  5. Franck LAMBEZ

    08. jan, 2010

    Dix obus de mortier hier, vers des populations civiles
    Combien de plaintes à l'ONU? 0! Il en faudrait 10.
    Combien de demande de condamnation au conseil de sécurité? 0! Il en faudrait 10.
    Combien de dépôts de plainte au Tribunal International pour crime contre l'humanité, génocide, crime de guerre, …, contre tous les dirigeants du Hamas? Aucun!
    Combien de plaintes auprès de juges anglais, espagnols, … pour traduire en justice tous les dirigeants du Hamas? Aucun!

    Que font les diplomates Israéliens? On se le demande… C'est l'apathie!
    Ils ne connaissent pas le copier/coller? De quoi ont-ils peur?

    Du coté israélien, il y a matière à faire, et quotidiennement!
    Alors qu'est-ce que l'on attend?

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  6. Guillaume

    01. fév, 2010

    Encore un article d'une objectivité éblouissante! J'aimerais, si vous me le permettez rappeler tranquillement les faits dont nous parlons.

    A propos de la visite annulée de Madame Livni au Royaume-Uni, vous dites "même la visite d'une ministre israélienne dans un pays démocratique pose problème". La visite de Madame Livni ne posait pas de problème. Nul au Royaume-Uni ne s'est opposé à cette visite.

    Une information judiciaire a simplement été ouverte pour enquêter sur la mort suspecte de civils lors de l'opération "Plomb durci" à Gaza en décembre 2008 et janvier 2009. Le principe de "compétence universelle" ne s'applique que lorsque la justice du pays ou les faits commis et la justice du pays dont l'individu recherché est originaire sont incapables de juger les faits ou ne veulent pas juger ces faits. La justice israélienne ayant refusé d'ouvrir une enquête sur ces décès de civils, il est normal que d'autres pays le fassent, au nom de la compétence universelle.

    Toutefois, nul ne saurait préjuger du sort que la justice britannique aurait réservé à Madame Livni, puisque nul ne saurait préjuger de son innocence ou de sa culpabilité éventuelle. Si Madame Livni n'a rien à se reprocher, cette visite aurait pu se dérouler sans problème.

    Le problème vient donc bien de Madame Livni qui, apparemment avait peur d'affronter la justice britannique.

    Répondre à Guillaume    Alerter les modérateurs

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