Vendredi 03 Septembre 2010 - 24 Elul 5770

De Yoni à Bibi: Israël face au chantage

[Mercredi 30/12/2009 10:09]

Noam et Aviva Shalit avaient convié les journalistes à 9:00 du matin, devant chez eux, à Mitspé Hila.  La rumeur allait bon train. Y avait-il eu du nouveau dans la nuit? Netanyahou avait-il enfin mis un point final à cette tragique affaire qui dure depuis si longtemps? Avait-il enfin accepté les conditions du Hamas? L’éditorialiste de Maariv avait déjà son titre en tête: en petit sur toute la largeur de la première page: « Le cadeau de Bibi à la famille Shalit », puis en dessous, en énormes caractères bleus: Guilad de retour à la maison pour accueillir l’année 2010! »

Deux minutes avant l’heure dite, un silence total s’impose d’un coup aux reporters, photographes, cameramen et autres figures médiatiques présentes. Tous sont des habitués de la maison. Combien de fois sont-ils venus ici glaner l’info autour de celui qui, bien malgré lui, est devenu le plus connu des soldats israéliens? Aujourd’hui, ils sentent bien que ce n’est pas pour un message de plus à faire passer au grand public ou au gouvernement que Noam Shalit les a conviés. N’a-t-il pas annoncé qu’il devait ce matin leur faire une « communication dramatique »?

A 9:01, les projecteurs sont allumés, les micros sont tendus, les flashs crépitent. Noam parle et ce qu’il dit a l’effet d’un tremblement de terre, tant la surprise est totale.

« Depuis que Guilad a été capturé en territoire israélien, nous n’avons eu de cesse, Aviva et moi, de lutter pour sa libération. Pendant toutes ces années, nous avons senti cet immense élan de solidarité qui nous a entouré et nous a permis de mener ce combat sans nous décourager. Guilad, son visage, son sourire gêné, est devenu familier à chacun d’entre vous, citoyens d’Israël, ainsi qu’à tant de juifs et de non juifs à travers le monde. Les terroristes qui le détiennent en bafouant quotidiennement ses droits, à commencer par celui, pourtant élémentaire, de visite par la famille ou, tout au moins, par des représentants de la Croix Rouge, se sont depuis longtemps exclus par leur comportement, du monde civilisé. Alors que les gouvernements d’Israël étaient prêts à consentir à de douloureuses concessions pour récupérer Guilad, les exigences des terroristes, elles, ne cessaient d’augmenter. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de 300 ou 400 terroristes à libérer mais de près de 1000, dont beaucoup sont de cruels assassins aux mains rougies de sang  et aux yeux injectés de haine. La libération massive de ces assassins mettraient, nous en sommes pleinement conscients, la vie de dizaines de nos concitoyens en danger immédiat, regonflerait le moral des fanatiques islamistes partout dans le monde,  porterait un coup peut être fatal à la force de dissuasion d’Israël, affaiblirait les Palestiniens plus modérés dont nous voulons croire qu’ils sont les véritables partenaires pour la Paix et décuplerait la motivation de nos ennemis de kidnapper d’autres soldats puisqu’il aura été prouvé que c’est le meilleur moyen de mettre Israël à genoux. Si demain, à Dieu ne plaise, un autre Guilad Shalit venait à être capturé, nul doute que son prix au début de la négociation sera celui par lequel s’achèvera celle concernant notre fils.

C’est la raison pour laquelle nous venons, ma femme et moi, de prendre la décision de cesser toute pression envers le gouvernement israélien pour qu’il cède à l’horrible chantage. Nous appelons Binyamin Netanyahou à retrouver le langage de la fermeté et nous l’exhortons à continuer ses efforts pour la libération de notre fils mais sans mettre en danger les intérêts du Pays. C’est pour lui et pour ses habitants que Guilad comme tant d’autres, a revêtu l’uniforme de Tsahal. Je sais qu’il comprendra notre geste. Nous l’aimons plus que tout au monde et tant qu’il ne sera pas revenu sain et sauf à la maison, nous ne cesserons pas le combat. Mais dorénavant, c’est vers d’autres directions que nous concentrerons nos énergies. Pour commencer, je demande à tous les volontaires qui se sont mobilisés pour Guilad de nous rejoindre à midi devant le siège de la Croix Rouge afin que celle-ci redouble d’efforts pour obtenir le droit de visite. Je vous remercie ».

Deux heures plus tard, alors qu’Israël était encore sous le choc de la déclaration de Noam Shalit et du changement de stratégie qu’il avait annoncé, le bureau du Premier ministre fit connaître le communiqué suivant:

« Le gouvernement israélien vient de faire savoir au négociateur allemand que devant le refus des dernières propositions israéliennes par le Hamas, il souhaitait mettre un terme aux négociations en cours. Le gouvernement est prêt à libérer un terroriste et un seul en échange du soldat détenu. Le Hamas doit faire connaître le nom de l’homme dont il réclame la libération. Israël ne discutera pas de l’identité de celui-ci et le libérera immédiatement en échange de Guilad Shalit. En attendant d’obtenir le nom du terroriste, l’Etat juif entend priver les prisonniers du Hamas de tous les droits  que n’exige pas pour eux le droit international stricto sensus et qu’Israël leur accorde par souci humanitaire: télévision, journaux, radio, téléphone portable et études universitaires aux frais de l’Etat. De même, les visites de la Croix Rouge et des familles sont suspendues. Elles reprendront lorsque le Hamas les accorderont à Shalit ».

Dès le lendemain, des manifestations violentes éclatèrent dans Gaza. Les familles des prisonniers à qui on avait fait miroiter la proche libération des leurs comprirent que l’entêtement du Hamas venait de sceller le sort de leurs proches. La police islamiste dut réprimer les manifestants avec violence pour rétablir l’ordre. Quelques missiles furent tirés sur Ashkelon mais aussitôt, l’aviation israélienne répliqua par des tirs ciblés. Trois ministres du gouvernement Hamas trouvèrent la mort et les bureaux gouvernementaux furent détruits. Le lendemain, le médiateur allemand obtint le nom du terroriste à libérer. Guilad rentra à la maison le 4e jour de l’année 2010. Le journaliste de Maariv ne changea pas une lettre au titre qu’il avait imaginé quelques jours plus tôt. Dans l’interview que Bibi accordait au journal, il prétendit que depuis le début, le visage de son frère aîné, Yoni, tombé à Entebbe pour libérer les otages du vol d’Air France, ne le laissait pas dormir en paix. Il était mort au nom du principe israélien que, quel qu’en soit le prix, on ne discute pas avec les terroristes et on ne cède pas à leur abject chantage. Or, malgré l’hypocrisie que les médias s’efforçaient d’entretenir, l’Affaire Shalit n’avait rien d’un échange de prisonniers à la suite d’un conflit. C’était une prise d’otage, comme à Maalot ou à Entebbe, sauf que cet otage portait l’uniforme. Depuis son élection, Bibi se demandait, avouera-t-il, si l’ironie de l’histoire l’obligera à violer d’une manière aussi flagrante ces principes pour lesquels Yoni avait donné sa vie. L’idée de libérer près d’un millier de terroristes que les forces de l’ordre avaient mis tant de temps à capturer et que la justice avait reconnus coupables de lourdes peines le rendait malade. « La courageuse déclaration de la famille Shalit me donna la force d’agir comme je l’avais toujours souhaité », conclura-t-il, « je ne suis pas sûr que, si j’avais été à leur place, j’en aurais été capable ».

C’est seulement en me réveillant ce matin que je compris que tout cela n’était qu’un rêve, que le gouvernement était toujours à deux doigts de libérer les assassins, que le médiateur allemand n’attendait plus que la dernière exigence du Hamas. Le journal annonçait d’ailleurs ce matin que l’énorme campagne de presse en faveur de la ratification de l’accord Shalit avait obtenu les résultats escomptés. Selon Maariv, 76% des Israéliens interrogés se disaient favorables à l’accord. L’article ne disait pas si la formulation de la question avait été : « soutenez-vous les efforts du gouvernement pour libérer Shalit? » ou plutôt: « Ãªtes-vous d’accord pour qu’un millier d’assassins soient libérés en échange du soldat? ». Toujours est-il que 76%, c’est énorme!

Moi, en tout cas, les sondeurs ne m’ont pas interrogé…

Arrêtez-moi si je dis des bêtises….

Commentaire(s):

11 commentaires

  1. Rikus

    30. déc, 2009

    Nous l'attendions depuis longtemps cet article!
    Si l'immobilisme et l'indécision sont une preuve de faiblesse voir de sénilité politique, l'impatience et la précipitation sont une faute d'immaturité.
    Il serait temps que les politiques israéliens comprennent ce que c'est que la "négociation de shouk" appliquée par le Hamas et d'une façon globale par les palestiniens.

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  2. bernhard

    30. déc, 2009

    Elie , pendant un moment ,tu m'as fait croire à ton merveilleux rêve …
    Alors maintenant , espérons que tu as réussi à faire revenir le sens de l'honneur .

    Répondre à bernhard    Alerter les modérateurs
  3. Monique

    30. déc, 2009

    Oui, comme Bernhard, j'ai cru que c'était vrai… tout en trouvant surprenant que les médias n'en aient pas parlé. Au fur et à mesure de ma lecture, je pleurais… (il faut dire que hier soir j'ai passé un très long moment à lire sur Internet tout ce qui concernait Guilad, et toutes les manifestations de soutien et les tentatives de libération le concernant). Oui si c'était vrai ? Que faut-il faire pour attendrir le coeur des dirigeants du Hamas ? Comment atteindre le coeur des Palestiniens pris en otage par ces mêmes dirigeants au nom d'une stratégie qui les dépasse ?

    Répondre à Monique    Alerter les modérateurs
  4. Monique

    30. déc, 2009

    Oui, comme Bernhard, j'ai cru que c'était vrai… tout en trouvant surprenant que les médias n'en aient pas parlé. Au fur et à mesure de ma lecture, je pleurais… (il faut dire que hier soir, j'ai passé un très long moment à lire sur Internet tout ce qui concernait Guilad, et toutes les manifestations de soutien et les tentatives de libération le concernant). Oui, si c'était vrai ? Que faut-il faire pour attendrir les coeurs des dirigeants du Hamas ? Comment atteindre le coeur des Palestiniens pris en otage au nom d'une stratégie qui les dépasse ?

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  5. BK1234

    31. déc, 2009

    Beau texte, beau reve, mais voici comment il risquerait de terminer:
    - apres le refus israelien, le Hamas laisse planer le doute sur l'execution de Shalit par ses ravisseurs. Le Hamas deploie a present ses exigences pour rendre l'eventuel depouille…
    - demoralises par l'abandon du soldat, de moins en moins de jeunes se pretent volontaires pour servir dans les unites combattantes
    - galvanises par la haine, les terroristes multiplient les tentatives de prise d'otage…
    C'est en raison de ces risques que Bibi agit avec autant de mesure… Arretez moi si je dis des betises…

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  6. AaronB Raanana

    31. déc, 2009

    Belle realite, beaux reves de paix mais voici comment ils se sont termines:
    - Les accords d'Oslo de 1993, la proposition de Barak de donner plus de 90% de Yehuda ve shomron = plus de 1 000 victimes civiles israeliennes, hommes femmes et enfants, des attentats suicides dans tout israel, la paix exigent des sacrifices nous a-t-on dit
    - Le retrait, une main devant une main derriere, du sud liban par notre grand general Barak = la guerre de l'ete 2006, un hezbollah renforce et surarme
    - Le retrait de gaza en 2005 : l'arrivee du Hamas au pouvoir (un exemple de democratie), et une pluie constante de kassam sur le sud du pays, pour arriver a la guerre de gaza il y a juste 1 an …
    C'est en raison de cette capitulation et ces actes de faiblesse de nos gouvernements que nous ne parvenons pas a regler le conflit une bonne fois pour toutes.. Arretez moi si je dis des betises …

    Répondre à AaronB Raanana    Alerter les modérateurs
  7. dabbag

    02. jan, 2010

    Oui….Entebbe….Mais à cette époque Barak était soldat….pas ministre !…à cette époque c'était l'honneur et la force d'Israël qui le préoccupaient, et non sa carrière !
    Je comprends les sentiments de la famille Shalit, mais je comprends aussi ceux des familles des victimes de ces 1000 crapules qui vont être portés en triomphe comme de tous ces soldats qui ont risqué leur vie pour les attraper.
    C'est le Peuple d'Israël que je ne comprends plus.
    De Gaulle avait dit des Français qu'ils étaient des veaux…mais eux, au moins, ne risquent pas l'abattoir contrairement aux Israéliens qui continuent d'accepter sans rien dire qu'une classe politique incompétente les mène par le bout du nez.
    Libérer 1 seul terroriste contre Guilad serait une victoire du hamas….mais 1000 équivaudrait à une défaite d'Israël des plus cinglantes !
    Il faut le libérer par la ruse ou par la force…sans cela Israël ne se remettra JAMAIS de sa faute.

    Répondre à dabbag    Alerter les modérateurs
  8. nessim

    03. jan, 2010

    merci elie de nous avoir fait réver !!!!

    Répondre à nessim    Alerter les modérateurs
  9. Georges92

    04. fév, 2010

    ils sont bien les parents Shalit, vraiment leurs propos vont dans le sens de l'interet général, meme si c'est leur fils qui est en jeu
    bravo Noham et Aviva, votre attitude est digne et mérite le respect…….

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  10. Malus

    07. fév, 2010

    Tres bon post. Je me permet de reprendre quelques idees dans mon blog (si vous permettez). Bye

    Répondre à Malus    Alerter les modérateurs

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