Il n’y a rien de plus normal que les citoyens d’un Etat de Droit se soumettent à la volonté de la majorité, et obéissent aux lois votées par le Parlement ou aux décrets édictés par le pouvoir exécutif. Ce principe reste valable même si des citoyens ne sont pas d’accord avec ce qui est décidé « en haut lieu », condition sine qua non du maintien de l’ordre public.
Ainsi, selon ce raisonnement, les Juifs de Judée-Samarie, ceux qui les représentent et ceux qui les soutiennent devraient normalement rentrer leur colère et accepter le décret du gouvernement qui gèle la construction juive en Judée-Samarie durant dix mois, pardon, durant encore neuf mois et deux semaines.
La réaction des habitants de Judée-Samarie à laquelle nous assistons est-elle alors une menace pour la stabilité des institutions? N’y a-t-il pas disproportion entre les réactions épidermiques et parfois violentes des Juifs de ces régions, et la somme toute relativité de la décision prise par Binyamin Netanyahou? La réponse est clairement non.
Le pacte social sur lequel repose nos sociétés démocratiques exige que les représentants élus du peuple appliquent la politique pour laquelle ils ont été choisis, et que la majorité qui s’est exprimée dans les urnes se sente représentée dans les instances dirigeantes du pays. Si les gouvernants manquent à ce devoir, il se créera automatiquement une distanciation entre le peuple et ses élites, qui finira un jour par provoquer des réactions qui à l’extrême peuvent aller jusqu’au soulèvement populaire ou à la révolution.
Depuis les élections de 1977, tous les spécialistes de sociologie politique reconnaissent que le pays « a basculé à droite ». Les élections respectives d’Itshak Rabin en 1992 et d’Ehoud Barak en 1999 ne furent que des épiphénomènes conjoncturels qui ne traduisaient en rien les profonds changements que connaissait la société israélienne: arrivée de nombreux immigrants animés d’une motivation sioniste et religieuse, immigration massive des Russes vaccinés contre le socialisme, démographie féconde dans les milieux orthodoxes et sionistes-religieux et désillusion totale d’une grande partie de la population quant à une quelconque volonté de paix dans le camp arabe palestinien, sentiment alimenté par les successives vagues d’attentats contre des Israéliens, en plein « processus de paix ». Les récentes élections de 2010 ont été édifiantes sur ce point. En termes de voix, le peuple a voté à 55% pour les partis de droite et les formations religieuses, et à 45% pour les partis allant du centre jusqu’à l’extrême gauche, partis arabes inclus. L’on pourrait même attribuer une partie de l’électorat de Kadima à la droite, mais restons-en là . Il est donc clair qu’une nette majorité de la population souhaite voir pratiquée une politique de droite, et a abandonné les vendeurs d’illusions que sont les politiciens de la gauche actuelle, qui n’ont plus rien à voir avec leurs ancêtres qui ont fondé l’Etat.
Or, ce qui se passe en Israël depuis un certain nombre d’années commence de plus en plus à ressembler à une farce de démocratie. « Le grand avantage des représentants, c’est qu’ils peuvent discuter les affaires, le peuple n’y est point du tout propre, ce qui forme l’un des grands inconvénients de la démocratie », disait Montesquieu dans l’ « Esprit des Lois ». Effectivement, le sentiment qui envahit progressivement la population israélienne est que les politiciens promettent et s’engagent avant les élections, et font ce qu’ils veulent – ou pire, ce qu’on leur dicte de faire puis l’étranger – au point de trahir et piétiner tous leurs principes et ceux qui les ont portés au pouvoir. Un étrange syndrome semblent toucher les hommes d’Etat de droite, qui une fois élus, pratiquent une politique de gauche qui a pourtant été rejetée par les urnes.
D’année en année, nos dirigeants politiques ont pris la sale habitude de faire fi de la volonté des leurs électeurs et d’éroder peu à peu leur confiance dans la politique au point de les en dégoûter. Le résultat est exactement celui escompté par nos preneurs de décisions : désintérêt de la population égale plus grande liberté d’action. Je me souviens qu’en 1993, au moment où la population du pays découvrait les Accords d’Oslo négociés dans le plus grand secret, et alors qu’une partie de la classe politique criait à la trahison et avertissait des dangers à venir, Nissim Zwilli, à l’époque Secrétaire Général du parti travailliste, déclarait sans sourciller à la télévision « qu’Itsh’ak Rabin ayant été élu, il lui était désormais permis de faire tout ce qui lui plaisait ». Dix ans plus tard, Ariel Sharon, tournant le dos à son passé et à ses électeurs, décidait d’expulser 8.000 Juifs de leurs maisons, au besoin en manipulant son parti, limogeant des ministres et un chef d’état-major récalcitrants, et méprisant le vote du Comité Central qui lui intimait de renoncer à sa décision. Et il y a une semaine, Binyamin Netanyahou qui se présentait jusqu’au 10 février dernier (jour des élections) comme « le héraut des Juifs de Judée-Samarie », leur plante aujourd’hui un couteau dans le dos, sans doute titillé lui-même par la pointe de plus en plus insistante de celui d’Obama. Oh certes, un petit couteau pour l’instant, mais comment celui qui a annoncé le gel de la construction « pour 10 mois seulement » va-t-il pouvoir résister au locataire de la Maison Blanche lorsqu’à l’issue de cette période il devra accomplir sa promesse envers les habitants de Yesha ?
Il y a dans l’éveil des Juifs de Judée-Samarie, dans leur refus – inhabituel – de se soumettre au Droit, un air de révolution naissante. Le phénomène est le même chez ces soldats pourtant éduqués dans l’amour et le respect de l’Etat, mais qui aujourd’hui disent « Stop! » face à des ordres qui n’ont plus rien à voir avec la mission sioniste que doit exercer Tsahal. Ces phénomènes traduisent un ras-le-bol qui s’est accumulé année après année, trahison après trahison, dans les mêmes couches de la population, « amies et alliées » quant elles étaient utiles, et abandonnées sans vergogne quand elles eurent servi, avec le précieux concours de médias tout aussi déconnectés du peuple réel. Ces mêmes populations également soumises sans cesse au mépris et à la vindicte d’une caste médiatique qui ne leur arrive pas à la cheville mais qui monopolise les micros et les caméras. A ce ressentiment se rajoutent la frustration de ces innombrables avertissements jamais pris en compte, adressés aux dirigeants du pays par ces citoyens plus lucides qu’eux quant aux conséquences néfastes de leurs décisions en matière de sécurité ou de politique étrangère. Avertissements inévitablement suivis quelques morts plus tard par les traditionnels « nous vous avions prévenus! »
Ce faisceau de raisons, ont créé un grand sentiment d’abandon, de rupture du contrat social, de fossé grandissant entre les espoirs et les idéaux d’un côté, et de l’autre, la triste constatation que la politique d’Israël ne se décide toujours pas à Jérusalem mais à Washington. Le pic de ce phénomène aura sans conteste été le désengagement de Gaza et l’expulsion du Goush Katif, summum de l’antithèse des valeurs sur lesquels se sont construites plusieurs générations d’Israéliens.
Lors d’une conversation avec le ministre iranien des Affaires Etrangères, son homologue suisse Micheline Calmy-Rey, lui rappelait « que la Suisse n’est pas un pays de révolutions, car les citoyens sont consultés régulièrement et peuvent ainsi donner leur avis et dire de qu’ils ont dans le ventre, sans accumuler de rancoeurs ». Il règne en Israël un sentiment inverse. D’immenses défis sont en jeu, et le peuple a de moins en moins le droit à la parole. Et lorsqu’il le fait clairement, il se rend compte que son opinion est bafouée.
Il ne faudrait pas trop tirer la corde. L’Etat de Droit et la discipline citoyenne sont inséparables du respect des choix démocratiques et de la volonté profonde de la population et une élection n’est pas un blanc-seing accordé à ceux qui ont été portés au pouvoir. Ils doivent rendre de comptes et mériter la confiance qui leur a été manifestée.
Dans le cas contraire, nous assisterons de plus en plus à des faits de résistance contre l’arbitraire, tels que ceux que nous montrent aujourd’hui les éternels trahis de Judée-Samarie.
La Démocratie israélienne est gelée, mais attention au réchauffement.












CANDERO
08. déc, 2009
Rxcellente analyse criante de vérité et de frustration pour notre Peuple.
Continuez, car nous savons que la vérité se révelera tôt ou tard, un jour par Sa volonté.
Merci pour votre courage.
nessim
08. déc, 2009
avec une voix d’avance c’est a dire un peu plus de 50 % on appellerait celà vote démocratique selon vous Shraga…
en somme vous légalisez le mensonge commis par le ou dirigeants pour se hisser au pouvoir en trompant les électeurs sur le contenu réél du catalogue de promesses et d’affirmations electorales qui sont comme en ce moment à propos du gel des constructions inacceptables, et c’est d’autant plus grave qu’on a vu à l’occasion des funestes accords d’oslo des journaux prendre fait et cause pour une propagande gauchiste, nous n’allons pas nommer ces journaux qui ont qualifié d’extremistes des juifs qu’on a trompé en les envoyant peupler puis leur retirer cette instruction de peuplement sous de vils prétextes, comme celui de rechercher la paix dont nos ennemis ne veulent pas…
ou est la démocratie quand le mensonge prévaut, un peu plus de 50 % serait un critère suffisant mensonge compris, pour qu’une décision qui concerne l’existence d’une nation soit murement réfléchi pour être décidé…
il s’agit là de décisions extraordinaires ce ne sont pas des décisions courantes… c’est une majorité extraodinaire qui doit décider et non un ou un peu plus de 50 % sans l’aide des journaux et de matraquage que l’on connait et qui empéche que le vote soit obtenu en toute conscience …
dans l’affaire du gouch katif il aurait été souhaitable qu’un référendum soit organisé pour décider, et non que la décision soit du seul ressort d’un premier ministre accroché à son pouvoir et ses casseroles et qui nous a envoyé dans le mur…
même chose aujourd’hui avec le gel venu d’ailleurs pour subtituer à la volonté des juifs en Israel une volonté étrangère à notre volonté…
il faut arrêter de nous suriner avec la démocratie, la démocratie ne se limite pas à un peu plus de 50 %, elle se doit, pour être démocratique prendre en compte les erreurs commises pour les corriger d’une part et surtout ne pas les renouveler…
or que constate t on? elles sont renouvelées et les trompés refusent d’être à nouveau trompés… démocratie est synonyme de tromperie? et bien non!!! ce n’est pas une conception puisqu’elle conduit au refus et au rejet des décisions prises…
avant que les révolutions ne se substituent aux décisions démocratiquement obtenues il vaut mieux que les décisions et les impacts soient correctement et lisiblement exposés au peuple qui seul doit les ratifier…
mais vous avez peur du peuple…c’est la raison pour laquelle la prétendue démocratie lui retire le vote pour lui substituer des décisions convenues entre quelques uns…ceux qui procédent ainsi estiment à tort que le peuple n’a pas la maturité pour prendre la bonne décision or TOUT DEMONTRE AUJOURD’HUI QUE LE PEUPLE POSSEDE CETTE MATURITE ET NON CEUX QUI PRETENDENT L’AVOIR …ON NE SERAIT PAS AU BORD DU GOUFFRE COMME ON L’EST AUJOURD’HUI…
des millions d’exemples existent…
Brigitte Taieb
08. déc, 2009
la royauté d’Israêl n’est heureusement pas gelée Shraga,pour y réchauffer son corps et son âme.
http://www.youtube.com/watch?v=vntgnRKmCeA