Vendredi 03 Septembre 2010 - 24 Elul 5770

Affaire Joe Biden : faute ou aveu de faiblesse

[Vendredi 12/03/2010 8:41]

La critique des religieux sur leurs actes laïcs est considérée comme un blasphème alors qu’ils ont choisi librement de faire de la politique en dehors de leur synagogue. Un article publié dans un site français a mis le feu aux poudres. Ils ont pourtant pris le risque de laisser la politique les salir et de perdre leur auréole de sages parce que la politique détruit. S’ils ont décidé d’entrer dans le marigot politique, ils doivent en accepter les règles avec tout ce qu’il y a de plus malsain. S’ils voulaient torpiller la mission du vice-président américain Joe Biden, ils ne se seraient pas pris autrement. Le Shass vient d’infliger à l’invité officiel d’Israël un camouflet historique. Le ministre israélien de l’Intérieur, Elie Yishaï, du parti religieux Shass, a profité de sa présence pour annoncer la construction de 1.600 nouveaux logements à Ramat Shlomo, un quartier de Jérusalem habité par des juifs ultra-orthodoxes.

Cette annonce, évidemment préméditée, ne pouvait s’interpréter comme une maladresse involontaire mais plutôt comme une provocation visant à mettre le gouvernement en difficulté, face à ses responsabilités ; une certaine façon de lui forcer la main pour décréter la fin du gel de la construction dans les territoires. Le Shass voulait faire comprendre aux politiques que rien ne se ferait avec lui et encore moins sans lui et qu’il n’était nullement impressionné par les conseils venant de l’extérieur. Cette annonce n’avait pas un degré d’urgence qui empêchait de la surseoir de quelques jours, surtout par politesse vis-à-vis d’un invité de marque dont le soutien est précieux. Le ministre israélien de l’Aide sociale, Isaac Herzog, a été mandaté par le gouvernement pour adresser des excuses officielles au vice-président américain Joe Biden, après cette annonce intempestive.

Joe Biden n’était pourtant pas venu pour parler du processus de paix. George Mitchell en est responsable et il est déjà empêtré dans un dialogue de sourd. Il venait en fait pour adresser un feu pourpre aux israéliens affirmant l’opposition des Etats-Unis à une attaque contre l’Iran. Le problème palestinien lui importait peu et à fortiori le problème des constructions à Jérusalem qui, en étant intempestivement soulevé, est capable de mettre en danger l’amitié solide avec les Etats-Unis. Les américains ne se contenteront pas d’excuses car l’humiliation a dépassé les limites.

De deux choses. Ou bien Netanyahou a souscrit ou suscité cette annonce et son attitude peut être qualifiée de faute. Ou bien la décision d’annoncer la construction a été faite en dehors de son consentement impliquant que son gouvernement échappe dorénavant à son contrôle ; dans ce cas, la preuve de faiblesse devient  flagrante. Dans les deux cas, les américains ne pardonneront pas cette offense faite au vice-président et la question ouverte reste les mesures de rétorsion politiques qu’ils pourraient prendre pour sauvegarder leur image auprès du monde occidental d’abord, et auprès des arabes ensuite.

Israël n’a rien à gagner à jouer à ce jeu dangereux au moment où les décisions concernant l’Iran nécessitent un soutien international.

par Jacques BENILLOUCHE
Jacques BENILLOUCHE, d’origine tunisienne, est arrivé en France en 1961. Scientifique de formation, il a longtemps milité à l’UEJF en tant que président du comité de Paris puis à la fédération sioniste de France. Il a fait ses premières armes de journaliste dès 1963 à l’Information d’Israël, le seul quotidien de langue française de l’époque, avec ses articles hebdomadaires où sa liberté éditoriale avait déjà été remarquée. Après une activité de dirigeant d'entreprise en France, il renoue avec le journalisme dès 2004 à l’Enjeu, l’Impact et Jérusalem Post. Installé en Israël depuis 2007, il est correspondant du site d’informations Slate.fr et chroniqueur dans différents médias israéliens de langue française.

Commentaire(s):

10 commentaires

  1. meïr

    12. mar, 2010

    Pas d'accord M.Benilouche. On dirait un papier sorti de " Haaretz". Si les américains sont avec nous , qu'ils le prouvent à 100% et pas moins. Mais j'en doute quand on sait réfléchir selon nos Sages. Ils sont hypocrites comme les autres. Alors pourquoi faire semblant quand " monsieur " Biden et après les autres, car çà défile toutes les semaines, pointe son nez !

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  2. Kaka

    12. mar, 2010

    J'ai lu l'article publié sur Slate par Mr Benillouche puisqu'il était relayé par le site d'actualité de Yahoo.fr.
    Je me rappelle avoir entendu une fois une interview de David Pujadas, que d'habitude je ne porte pas dans mon coeur, qui disait une chose particulièrement juste.
    Le journalisme d'aujourd'hui ne sert plus à informer comme avant car les sources d'information sont devenus trop nombreuses. Pour sortir du lot, il faut faire du sensationnel ou crier avec les loups. Se mettre du côté de celui qui crie le plus fort…
    C'est exactement ce que je ressens en lisant cet article. Bref, doit-on critiquer la décision de construire à Jerusalem (et pourquoi cet interdit ne devrait concerner que les juifs??!!!) ou regretter une question de timing?
    Depuis le début du mandat d'Obama, l'amitié US / Israel a du plomb dans l'aile. Je pense par ailleurs sincèrement que les Etats-Unis trainent des pieds face à l'Iran parce qu'elle a implicitement décidé de ne rien faire et surtout pas de se lancer dans un conflit couteux en période de crise économique.
    Dans ces conditions, pourquoi faire du zèle face à un ami qui vous lâche? Pour récupérer une amitié qui est souvent dans un but électoral?
    J'avoue avoir pouffé en lisant dans l'article publié sur Slate que Tsipi Livni ne s'était pas sali en refusant tout accord avec le Shass. Il ne faut pas exagérer… Elle trouvait leur prix trop fort mais était prête à faire beaucoup pour les avoir avec elle.
    Par ailleurs, dans son article Mr Benillouche regrette qu'elle n'ait pas été élu malgré sa majorité des voix. Le scrutin proportionnel apporte son lot de problème mais les résultats étaient là, la Knesset avait clairement effectué un virage à droite, même si certains cherchent à le nier.
    Enfin, ses considérations sur l'israélien moyen me semble un peu éloigné de la réalité. Quoiqu'on puisse en dire, Israel est une démocratie mais aussi un état religieux. Si vous le niez, alors vous donnez l'argument fatal à nos ennemis pour dire que nous n'avons aucun droit sur cette terre. Rappelez vous qu'il n'y pas une prière qui ne parle d'Israel et de Jerusalem et combien notre religion met un point d'honneur à ne pas nous détourner de notre terre. Dans ces conditions, il apparait logique que les religieux soient aussi des politiques. D'autant plus que vous qualifiez leur poids d'exhorbitant. Allez donc voir chez nos voisins le poids de la religion!
    Je ne vous blame pas, vous écrivez pour le Monde. Il faut bien gagner sa croute. Mais, personnellement, je ne le ferais pas en jetant mon venin sur ce qui constitue la société dans laquelle je vis. je ne suis pourtant pas religieuse très pratiquante mais j'admets que ma religion est la raison qui m'a poussé à m'installer dans ce pays, dans mon foyer!

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  3. Michel Kamoun

    12. mar, 2010

    Monsieur Benillouche parle des effets à court terme de la déclaration d'Elie Ishaï. Mais prenons un peu de recul et imaginons les effets potentiels à long terme:
    1 – Israël réaffirme haut et fort par cet acte ses droits sur l'ensemble de la Terre d'Israël, en utilisant pour cela un "méga haut-parleur" médiatique … d'autant plus que le Pdt Obama n'a jamais visité Israël (mais d’autres pays arabes) et que son administration n’est pas particulièrement favorable à l'Etat Juif.
    2 – les "palestiniens" auront compris que la partie est loin d'être gagnée pour eux et que leurs déclarations d'affaiblissement de l'Etat d'Israël ne sont que de doux rêves.
    3 – L'ère des politiciens israéliens prêts à tous les compromis "juste pour plaire" pourrait être révolue (du moins je l'espère).
    En conclusion, le moment n'était-il vraiment pas opportun, même très opportun?

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  4. L'asmonéen

    12. mar, 2010

    vous avez raison mr benillouche , gardons le pantalon sur les genous et les elie ychay et autres Mordehai (qui jadis provocas aman ) n'ont qu'a bien se tenir
    il est vrai que actuellement nous sommes aux temps de la collaboration , alors je le dit tout haut " courage fuyons"

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  5. Michel Kamoun

    12. mar, 2010

    Monsieur Benillouche parle des effets à court terme de la déclaration d'Elie Ishaï. Mais prenons un peu de recul et imaginons les effets potentiels à long terme:
    1 – Israël réaffirme haut et fort par cet acte ses droits sur l'ensemble de la Terre d'Israël, en utilisant pour cela un "méga haut-parleur" médiatique … d'autant plus que le Pdt Obama n'a jamais visité Israël (mais d’autres pays arabes) et que son administration n’est pas particulièrement favorable à l'Etat Juif.
    2 – les "palestiniens" auront compris que la partie est loin d'être gagnée pour eux et que leurs déclarations d'affaiblissement de l'Etat d'Israël ne sont que de doux rêves.
    3 – L'ère des politiciens israéliens prêts à tous les compromis "juste pour plaire" pourrait être révolue (du moins je l'espère).
    En conclusion, le moment n'était-il vraiment pas opportun, même très opportun?

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  6. nessim

    12. mar, 2010

    votre opinion est sans doute respectable….mais il s'agit de votre opinion !!!

    respecter Joe Biden un vice Président Démocrate est certes nécessaire mais le respect doit être réciproque or les USA ont une facheuse tendance a infantiliser Israel…les avions radar et la chine…le discours du caire de hussein Obama…les sommations permanentes faites à Israel de ne pas mener telle opération ou telle autre pour ne pas nuire aux intérêts américains trés notablement orientés vers des concessions aux arabes…quelles sont alors les concessions que doivent nous faire les USA et les autres…l'ambassade américaine qui devait être à Jérusalem n'y est encore pas…dites nous pourquoi…

    sachez que nous ne partageons pas votre point de vue…Ishai a eu parfaitement raison de faire compendre a Joe Biden qu'Israel est maitre chez lui…et les démocrates chez eux… mais il ya les républicains !!!

    Répondre à nessim    Alerter les modérateurs
  7. Guetta Nissim

    12. mar, 2010

    Benillouche fiat trop cas de ce que pense les autres.
    je n'apprecie pas l'asservissement.
    nous sommes sortis d'egypte.
    les americains ne sont pas nos amis. ce sont des relations temporelles (petrole et zones d'influence oblige)

    Répondre à Guetta Nissim    Alerter les modérateurs
  8. JJ. Herrmann

    13. mar, 2010

    La façon dont vous avez rédigé cet article peut se comprendre et reste modérée. Ce n'est pas le cas des articles que vous écrivez sur http://www.slate.fr/ et en particulier sur celui traitant du même sujet, où vous trainez dans la boue les religieux, tous les religieux et la "droite".
    Pour les lecteurs d'Aroutz shevah: lisez donc "http://www.slate.fr/story/18409/israel-religieux-sionisme-poids-politique-exorbitant-netanyahou" et notamment les extraits ci-dessous (de J. Benillouche):

    "Capacité de nuisance
    Les religieux, en minorité dans le pays, ont une influence très importante car ils peuplent en majorité les implantations et ils peuvent y susciter des troubles qui se propageraient à l'intérieur du pays".

    suite de mon commentaire dans le suivant

    Répondre à JJ. Herrmann    Alerter les modérateurs
  9. JJ. Herrmann

    13. mar, 2010

    suite du commentaire précédent:
    "Tzipi Livni avait déjà compris cette dialectique puisqu'elle avait préféré renoncer au poste de chef du gouvernement pour ne pas vendre son âme. Elle avait surtout compris, en tant qu'héritière d'une famille profondément sioniste, qu'elle ne pouvait accepter la déviation antisioniste de certains orthodoxes qui estiment que «lorsque l'Etat d'Israël reviendra à la Torah, nous célèbrerons le Jour de l'Indépendance».

    Netanyahou ne s'encombre pas des mêmes réserves que Livni et, pour gouverner, il était prêt à s'allier au diable et à accepter toutes les concessions".

    suite du commentaire dans le suivant

    Répondre à JJ. Herrmann    Alerter les modérateurs
  10. JJ. Herrmann

    13. mar, 2010

    Ils bloquent tout processus de paix car ils s'appuient sur des arguments bibliques et non politiques pour justifier le Grand Israël et s'opposent à toute rétrocession d'une quelconque parcelle de la Cisjordanie aux arabes. Ils sont confortés dans leur position par le lobby juif religieux américain, très puissant aux Etats-Unis,
    pourvoyeur d'aide financière à l'Etat d'Israël.

    Le rêve de l'Israélien moyen est que les partis extrêmes, la droite nationaliste et les religieux, soient éliminés de la gouvernance et que le Premier ministre ne s'appuie que sur le Likoud, le parti travailliste et les centristes de Kadima".

    etc, etc.
    donc un auteur, deux médias, deux discours diamétralement opposés. Où est l'éthique dans tout cela ?
    Comment va réagir la ligne éditoriale d'Aroutz shevah ?

    PS : le billet sur « slate » de J. Benillouche déclenche bien sûr une avalanche de commentaires de ses lecteurs qui suaf une exception abondent dans son sens et renforce encore les anti-israeliens-antisionistes-antisémites. (voir ces réactions à la suite de cet article).

    Répondre à JJ. Herrmann    Alerter les modérateurs

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