Indiscutablement, Ofer Eini a été l’homme fort de la semaine. Le secrétaire général de la confédération syndicale, la Histadrout, vient de faire plier le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque centrale. Il multiplie les grèves et menace les patrons; il a même réussi à recruter des milliers de nouveaux adhérents à la Histadrout. Comment Ofer Eini est-il devenu l’homme fort de l’économie israélienne? Démonstration.
Un compromis salarial à la Banque d’Israël
Voila plusieurs semaines que le projet de loi visant à moderniser la Banque d’Israël était bloqué sur le bureau de la puissante commission des Finances de la Knesset. Le gouverneur Stanley Fischer en faisait une affaire personnelle: si la loi n’est pas adoptée avant la trêve de Pessah, confiait-il à son entourage, il n’acceptera pas de briguer un second mandat. Il y avait urgence, puisque le premier mandat de Stanley Fischer arrive à échéance le 30 avril prochain; et le Premier ministre Benyamin Netanyahou fait tout ce qui est en son pouvoir pour convaincre Fischer d’effectuer un second mandat.
La loi de modernisation de la Banque d’Israël butait sur les questions salariales. Pour garantir l’indépendance de la banque, le gouverneur réclamait une totale liberté en matière de fixation du salaire des fonctionnaires de la banque. Refus catégorique du Trésor: les employés de la banque centrale sont des fonctionnaires et, à ce titre, leur rémunération doit être contrôlée par le commissariat à la fonction publique. Finalement, c’est le compromis proposé par Ofer Eini qui a été accepté: les salaires de la banque centrale seront soumis au contrôle du Trésor, mais en cas de désaccord avec les syndicats, c’est le Premier ministre, et non pas les Prud’hommes, qui tranchera. La commission des Finances a donc donné son feu vert pour adopter la loi en deuxième et troisième lectures.
Des grèves à répétition
Le conflit à la Banque d’Israël n’est que le dernier en date. Au cours des deux derniers mois, le pays a connu plus de grèves que durant les deux dernières années ! Des grèves à répétition ont secoué le secteur public: employés de la sécurité sociale, greffiers des tribunaux, personnel de la principale caisse de maladie, agence pour l’emploi, autorité de l’Eau, etc. Les revendications sont partout les mêmes: revalorisation des bas salaires, garantie de l’emploi, etc. Contre toute attente, il a réussi à faire annuler la fermeture d’usines mises en difficulté par la crise mondiale et à éviter des licenciements qui semblaient inéluctables.
Qu’est-ce qui fait donc courir Ofer Eini ? Pour certains, il est motivé par des intérêts politiques: il préparerait son entrée en politique, à la Knesset, voire à un poste ministériel. Pour d’autres, il a un réel souci d’améliorer les conditions de travail des salariés. Il est vrai que depuis quelques mois, le syndicat d’Ofer Eini a obtenu de grandes avancées dans le domaine de la législation sociale: fortes amendes pour les employeurs qui paient en retard le salaire de leur personnel, droits sociaux des salariés intérimaires, etc.
La concurrence de Force ouvrière
Si Ofer Eini a décidé de redresser l’influence de la Histadrout qui était en perte de vitesse depuis plusieurs années, c’est aussi parce que la représentativité syndicale est devenue un « marché concurrentiel ». En 2007, un nouveau syndicat a fait son apparition dans les entreprises israéliennes: Coah Laovdim, ou en traduction libre, Force ouvrière. En 3 ans d’existence, ce nouveau venu dans le paysage syndical a réussi à convaincre 3.800 salariés de lui verser leur cotisation. Force ouvrière a réussi à s’imposer dans les secteurs où la Histadrout est peu représentative, comme les universités ou la santé.
Ofer Eini a donc décidé de relever le défi de Force ouvrière: en deux ans, la Histadrout a recruté 30.000 nouveaux membres. L’instabilité gouvernementale actuelle a fait d’Ofer Eini un partenaire incontournable dans les conflits sociaux et les grands défis économiques. A 51 ans, le secrétaire général de la Histadrout n’a pas dit son dernier mot.













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